12.01.2008

L'Education Nationale mauvais élève pour le respect de la coparentalité?

Comme promis, je reviens sur cette question de l'exercice effectif de son rôle par le parent qui ne vit pas avec son ou ses enfants, c’est à dire qui ne dispose que d’un droit de visite, élargi ou non.

Je dirai à ceux qui sont dans cette situation depuis peu qu'il va falloir bien s'accrocher pour exister réellement en tant que parent pour certaines institutions. Je serai même prêt à parier que ceux qui sont déjà des «parents du week-end» depuis un certain temps connaissent cette difficulté pour exister réellement en tant que parent dès lors que la résidence des enfants n’a pas été fixée officiellement à son domicile.

Si nombre d'institutions «bougent», comme les impôts, ou les allocations familiales, pour reconnaître l’importance des deux parents, on constate malheureusement qu’il n’en va pas de même de l’éducation Nationale. En effet, celle-ci continue à travers certaines de ses écoles, collèges, ou lycées de tirer la jambe et de mettre un frein à la coparentalité et au principe fondamental de l'exercice de l'autorité parentale conjointe.  La mission fondamentale de l’Education Nationale devrait être d'aider à transmettre aux enfants et aux jeunes les valeurs civiques essentielles du respect de la liberté d’autrui, de la non-discrimination et de l'égalité, toutes valeurs qui figurent au frontispice de la République. Quelle incohérence donc, lorsqu’on constate que dans de nombreuses académies françaises, on tolère de n’enregistrer qu’un seul parent en tant que représentant légal de l’enfant, et une seule adresse officielle. Une telle procédure fait fi du respect de la résidence alternée et de la double domiciliation qui attribue très clairement à l’enfant deux adresses. Dans certains cas, cette ignorance totale du deuxième parent aboutit à une forme de discrimination parentale.

Hypocritement, il semble être attendu des heureux parents bénéficiant de la résidence alternée qu’ils dérogent eux-mêmes au jugement dont ils ont bénéficié et désignent l’un d’entre eux comme le seul  représentant légal. "Je ne veux voir qu’une tête, pas deux ".

Cette attitude correspond à un retour en arrière de plusieurs décénies, à la période d’avant l’autorité parentale conjointe.

Ce fonctionnement est au final, non seulement négatif psychologiquement pour l’intérêt des enfants, mais il  est également parfaitement illégal. Le plus grave est que ce refus profond du principe de la coparentalité a des conséquences négatives au quotidien pour des milliers de parents français.

Ainsi confrontés à cette logique institutionnelle et à leur hiérarchie, de trop nombreux chefs d’établissement n’adressent, par défaut, aucune information importante, voire aucune information du tout, relative à la vie scolaire de l'enfant au parent considéré comme secondaire ou mineur puisque ne vivant pas avec lui, (même si l’adresse et l’existence de ce parent sont connus de l’administration). A moins bien sûr, que le parent écarté n'entre dans la procédure pour faire valoir ses droits de parents.

Cette attitude de non reconnaissance automatique des deux parents est tout à fait anormale.

Car, non seulement, elle est illégale, mais elle produit invariablement une blessure psychologique chez le parent lésé et écarté qui se sent ainsi déconsidéré, désinvesti, non reconnu en tant que parent par une institution symboliquement importante. 

Mais, plus grave ce parent peut être également déconsidéré aux yeux mêmes de son enfant quand celui-ci est petit,  quand il prend conscience que son enseignant pour lequel il a de l’estime n’envoie pas son bulletin à l'un de ses deux parents.

Cette attitude est d’autant plus inacceptable que nous sommes en 2008 et que les séparations parentales, et les déménagements intempestifs avec enfants et bagages se sont notoirement multipliés, mettant parfois de grandes distances entre l’enfant et l’autre parent, ce qui impose encore plus l’envoi des informations au parent éloigné.

En outre, en l’absence de ces informations auxquelles il a droit, le parent privé et éloigné de la résidence de l’enfant est dans l’incapacité d’assumer ses responsabilités et d’accomplir le devoir de surveillance et de secours vis-à-vis de son enfant tel qu’il lui incombe de par l’autorité parentale dont il demeure investi. Ce qui impose encore plus, si besoin était, la nécessité d’une égale information des deux parents séparés.

Nous rappelons que le législateur a depuis longtemps consacré ce principe essentiel du partage des responsabilités et des devoirs des deux parents face à l’éducation de l’enfant qu’ils soient séparés ou non. Ces dispositions sont rappelées par la loi n° 2002 du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale, et par de nombreuses circulaires et instructions ministérielles. Tout ceci oblige donc les parents les plus soucieux de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants à demander à l’établissement scolaire la communication de ces informations qu’ils auraient dû recevoir. Demande légitime, s’il en est, qui, malheureusement, bien souvent, les fera passer pour menaçants ou revendicateurs.

Pour notre part nous pensons que cette demande d’informations au sujet de l’enfant à l’établissement scolaire qui l’accueille est tout à fait indispensable à faire à plus d’un titre.

Au plan psychologique, ça n’est pas du tout négatif que de poser cet acte d’existence en tant que parent. Acte sans lequel on en resterait à un exercice affectif de la parentalité, mais pas effectif ni officiel ou légal. La surestimation des vertus affectives et de l’existence symbolique (in absencia), et à distance, produisent à terme l’évanescence puis la disparition du lien parental «de visite», et de l’existence concrète de ce parent positionné imaginairement comme secondaire. Il convient donc pour ce parent écarté de la vie scolaire de son enfant, de marquer par la parole, en l’occurrence par un écrit, son existence dans le réel et le symbolique.

Au plan juridique, cette demande écrite que nous conseillons vivement d’adresser à l’établissement ou votre enfant est scolarisé est également tout à fait importante, puisqu’elle permet d’éviter le reproche hypocrite d’un manque d’intérêt pour la vie scolaire de l’enfant. Et donc d’une suspicion de carence d’autorité. Pour être cohérent avec nos conseils, notre association vous propose sur notre wiki, un modèle de lettre à adresser aux établissements.

http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/Mod%C3%A8ledelet...

 Force est de constater que le respect du rôle et de la fonction du parent chez lequel l’enfant ne réside pas ne va pas de soi. Le droit de visite est communément admis comme largement insuffisant pour élever son enfant, à fortiori si les institutions ne respectent pas le principe de l’autorité parentale conjointe.

Avant de conclure, une petite anecdote clinique.

Un jour, un psychologue travaille avec une enfant de 9 ans qu’on lui demande d’aider parce qu’elle manifeste un comportement de désinvestissement scolaire invalidant.

Il entend encore et toujours la mère se plaindre du manque d’intérêt du père de l’enfant pour la scolarité de sa fille. La mère est séparée et s’est remariée voici plusieurs années. L’enfant vit avec sa mère et le mari de celle-ci. Les deux parents habitent des communes distantes d’à peine 50 kms.

La mère prévient le psychologue que jamais le père ne se déplacera pour le rencontrer pour un entretien tellement il se désintéresse de sa fille, et que de toutes façons il a lui aussi refait sa vie, et ne manquera pas d’invoquer la distance entre son domicile et le lieu de consultation.

Le psychologue fait son travail et invite néanmoins le père.

Contrairement à ce qui était annoncé le père vient à l’entretien prévu. Un peu sur la défensive, il se présente non pas comme se désintéressant de sa fille, mais comme ayant été exclu de son éducation.

Le psychologue lui demande en quoi.

Le père répond qu’il n’a jamais été informé de rien concernant la scolarité de sa fille, son ex femme ne lui transmettant pas les bulletins.

Le psychologue lorsqu’il la revoit se permet d’interroger la mère sur ce sujet : "comment se fait-il que l’école n’adresse pas les bulletins?"

La mère lui répond que l’école n’a pas l’adresse du père. Le psychologue demande alors «mais qui signe les bulletins à la place du père ? »

Grosse gêne et gros silence!

Puis la mère finit par répondre «ben comme il les signe pas je les fais signer à mon mari».

????

La mère résolut de ne plus combler le manque par une imposture, de laisser dorénavant au père la place qui lui incombe. Mais, l’histoire ne dit pas la suite.

Ainsi, comment un parent pourrait-il s’intéresser à la scolarité de son enfant, si les bulletins ne lui sont pas transmis par l'école, et si, de surcroît, quelqu'un les signe à sa place?

En Conclusion:

J'espère par cette note avoir faiT prendre conscience à nos lecteurs de la difficulté énorme que représenterait l’institution de nouveaux droits pour le beau parent et les raisons pour lesquelles nous trouvons superfétatoire qu’on légifère sur cette question. D'autant plus, qu'en l’état  la loi, permet déjà, mais avec l’accord des deux parents, qu’un tiers soit partiellement investi de l’autorité parentale.

Pourquoi prendre le risque de rajouter des problèmes à une situation déjà si difficile pour le parent qui ne bénéficie pas de la fixation de la domiciliation de son enfant chez lui.

GcjB

 

 

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