27.06.2008
La résidence alternée n'est pas un problème, mais la moins mauvaise des solutions pour les enfants
L'article des DNA dans la rubrique "opinion" daté du 11/6/08 et intitulé " Point de vue - l'enfant au coeur de la séparation conflictuelle - Désamour conjugal et exès d'amour parental" basé sur une interview de Mme Bigot soulève de nombreuses interrogations parmi les membres de l'Association "Un enfant–deux parents".
L'auteur un certainJB, remet en cause le principe de la résidence alternée, dès le départ de son article, en estimant qu'elle n'entraîne pas un gain réel pour l'enfant, sans s'appuyer sur aucune étude, ni clinique, ni sociologique. Notre association s'élève en faux contre une telle argumentation puisqu'on peut démontrer que les enfants bénéficiant de la résidence alternée consultent significativement moins les services de pédopsychiatrie que les enfants soumis au système de la résidence habituelle chez un parent et d'un droit de visite chez l'autre, système qui instaure un parent principal et un parent secondaire. Ce système inégalitaire et irrespectueux accroît encore le nombre des consultations, lorsqu'il s'associe à une recomposition familiale.
Or, la loi du 4 mars 2002 met en place un système de répartition équitable du temps entre les deux parents afin de maintenir un lien continu et équilibré avec l'enfant. En effet, la fixation de la résidence de l'enfant en alternance au domicile des deux parents assure à chacun qu'il pourra jouer un rôle partagé et équitable dans son éducation, sa santé et finalement son équilibre psychologique, car il est un principe difficilement contestable selon lequel, chacun des deux parents aura les mêmes capacités à assumer ses obligations, ce qui est normalement la régle lorsqu'ils exercent conjointement l'autorité parentale.
Le jugement de Salomon auquel Mme Bigot fait référence prend alors tout son sens, puisque, contrairement à ce qui est dit dans cet article, la résidence alternée évitera justement l'inféodation des enfants à l'un de ses parents. Une telle inféodation résulte malheureusement du fait qu'un des parents se trouve placé en situation de toute puissance, par l'attribution de la résidence de l'enfant à son domicile exclusif. L'article précise que "la garde alternée devient une obligation pour l'enfant qui doit se soumettre à deux lieux de vie, deux modes d'éducation, deux rythmes". Cette affirmation nous semble éminemment problématique, puisque notre association constate que la résidence alternée reste un mode de garde ultraminoritaire, les juges alsaciens continuant de la refuser sans aucun motif.
Au cas où la résidence alternée n'est pas décidée, c'est à dire dans plus de 80% des cas, la question se pose de savoir quel sera le parent choisi pour son mode d'éducation avec le risque précisément d'inféoder l'enfant à celui qui disposera de plus de temps, pour lui imposer son rythme, son mode de fonctionnement et en définitif, l'écarter de l'autre parent. Le désaccord parental se fait souvent sur la question de l'éducation de l'enfant et réduire la résidence alternée à une confusion entre deux modes d'éducation source de souffrances, passe malheureusement sous silence, le fait qu'en attribuant la résidence au domicile de l'un des parents, en situation de désaccord avec l'autre, la justice entraîne précisement une telle inféodation.
Que la parole de l'enfant soit entendue, nous ne pouvons que souscrire à une telle démarche, mais encore faudra-t-il lui permettre de s'exprimer librement, sans enjeu majeur, c'est à dire dès le début de la procédure, avant qu'il ne se soit installé dans l'idée de ne pas déplaire au parent auquel il est confié.
Nous pouvons constater dans notre pratique associative des pressions exercées sur l'enfant par le parent gardien. Raison supplémentaire de ne pas instaurer de parent principal et d'écouter l'enfant dès le départ de la procédure avant toute fixation de résidence, d'autant que le dispositif législatif de la loi du 4 mars 2002 prévoit explicitement cette écoute de l'enfant, et son article 373-2-9 permet même au juge de décider de la mise en place de la résidence alternée à titre provisoire y compris en cas de désaccord des parents, dispositif qui oblige les parents à s'entendre et à faire un bilan avec le juge qui peut, de par le dispositif législatif en place, assortir cette décision provisoire d'une mesure de médiation et ceci dès le départ de la procédure, quitte à revoir la situation ultérieurement.
Sans quoi l'enfant est inmanquablement soumis à des pressions dans les divorces conflictuels, pressions difficiles à reconnaître, en particulier lorsqu'elles émanent d'une mère censée protéger son enfant. Une telle vision pèse encore de tout son poids dans une société qui peine à reconnaître une réelle égalité entre les sexes, tant les stéréotypes sont nombreux et en particilier, celui d'accorder les mêmes droits et la même affection à chacun des deux parents.
On se reportera utilement à notre note sur le très beau film d'O. Borderie.
JMK et GcjB.
La résidence en alternance, une solution adaptée … »
Film documentaire de 52 minutes
Production @tmosphère en images
Réalisation Olivier Borderie





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